Journal poétique / www.jouyanna.ch

qu’écrire en véracité

samedi 12 décembre 2015, par Anna Jouy

Face à la viande des mots, me demande si je ne préfère pas le refuge, le repaire des images, tordre le réel. Fourbir la métaphore et sauver l’idéal. Déporter la tête et laisser le corps en rade. Qu’il poursuive seul le long du mur.
Mon monde, (je n’en ai pas d’autres, c’est bien le seul que je puisse prononcer) cherche des tessitures aiguës, l’effilage des montagnes qu’on ne suit que les bras ballants.
Je ne sais pas si je ne préfère pas la semblance, le lissage même besogneux des figures remâchées, à ce derme à l’émeri, à fleur saignante des muqueuses. Exigence d’authenticité. Le terrain, dans lequel je patiente ma vie ( verbe transit-actif ), est vague et sans levure. Mon pas est trop morne pour le monter à cru. Je n’inventerai pas la douleur, la mienne est celle des gales du jour, des érosions invisibles tant lentes, de l’ennui qui est mon solde d’inconfort. Qui a lui seul, immense incompris, porte mon poème, cet anéanti au ralenti.
Je pourrais m’inventer une peine plus acide. Mais ici le citron tombe de la lune. Et je bois.
Notre vérité peut-elle se tenir dans des révoltes et des violences ? Mon monde est celui des pauvres enfants riches.

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Messages

  • L’image est, comme le poème, l’essentiel de quelque chose de très intime, c’est du condensé, du distillé d’intimité. Qui vient, par vision, par lecture, comme un coup, de poing, de vent, un éclair, une émotion.
    Plus que ralenti, l’intime arrive : pré-existant aux mots, avant les mots, avant l’image, l’intime sort d’un ventre monde, nait : et là, juste à cette seconde, à ce rendez-vous : il faut ôter le masque ! C’est là qu’est l’éclair.
    (Commentaire aussi ésotérique que le texte, mais c’est là qu’on réfléchit !)

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