Journal poétique / www.jouyanna.ch

terrienne

dimanche 17 janvier 2016, par Anna Jouy

On ne revient pas dans le ventre qui nous a mis au monde. Ma mère a craché mon corps, ce sang avec, qu’il fallait qu’elle sorte, j’étais le corps étranger. Le corps impossible, une tumeur qui grossissait dans son abdomen. Tu meurs, a-t-elle dit pour que je respire. Il y a des femmes qui bourgeonnent, d’autres qui tuberculent et puis il y a ces femmes qui couvent des adénomes dont elles doivent s’arracher. J’étais de la mauvaise glande. Ma naissance était une curée, il fallait nettoyer les entrailles de l’enfant, de l’enfant menace. J’avais mis en elle des métastases de soucis, de vieillissement précoce. J’avais alourdi son vol, au point de non- décollage.
Alors, j’ai grandi comme une liane, une essence qu’il fallait faire grimper contre des murs. Et sous le soleil, j’ai poussé, voulant m’éloigner d’elle, une vigne vierge de tout. Mais l’heure est venue de dire que j’ai assez grandi. J’ai épuisé l’utérus de ma mère. Il est vide et sec comme une cosse indéfinissable. Et je suis.

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