Journal poétique / www.jouyanna.ch

miroir

jeudi 24 mars 2016, par Anna Jouy

La barque d’une coiffeuse, ce mot d’autrefois empli de miroirs et de renvois. Elle se « déplie », elle bouge provoquant à son insu des images en lignes d’infinis. Je ne résiste pas. Le chemin ouvert sous la glace. On n’y voit la chambre, elle se perd derrière elle–même et je suis au milieu. Il suffit de ces deux plaques de verre pour voyager jusqu’au fond l’univers, où je suis encore et où rien ne m’arrête. J’entre aussitôt dans ma dimension impossible. L’œil s’approche des miroirs. Il faut bien essayer de comprendre et d’être les cils dessus devrait écarquiller le lointain. Mais plus je m’avance et plus tout s’éteint. Je recule alors et j’apparais dans ma traîne interminable. Je reste. Chaque mouvement, chaque grimace semblent aussitôt courir rapporter mes gestes à une autre, terriblement ailleurs. Je ne sais pas encore que ça ne s’arrête jamais, que l’illusion existe. Je ne connais que le rêve et ses trahisons. Je ne connais que la présence qui est et puis disparait, comme moi dans la coiffeuse. C’est une émotion si forte, si attrayante que je reviens souvent, que ma mère me pense vaniteuse… Par chance, je ne suis pas philosophe et je ne saisis pas le mot vanité non plus. Je comprends seulement que le miroir, quel qu’il soit, détient une énigme. L’idée du secret entre en moi, par le reflet, une idée confortée encore lorsqu’il s’agira de marcher au plafond en tenant sous mes yeux le miroir de poche du sac à main de ma mère. L’apparence me bouleverse.

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